IRAN ET USA : UNE HORLOGERIE DE GUERRE

 

Plusieurs personnes m’ont demandé sur Facebook de faire un résumé de ma conférence du 13 janvier à Troyes sur l’exécution de Qassem Soleimani. Je n’ai pas pu m’en occuper avant. Néanmoins, voilà un texte qui pourra donner une idée de ce que je pense de cet événement à ceux qui sont intéressés.

 

Un drône américain tue Qassem Soleimani en Irak

Le 3 janvier 2020, à la suite d’une attaque ciblée contre son convoi, le général iranien Ghassem Soleimani (Qassem Soleimani) était tué par les Américains à proximité de l’aéroport de Bagdad. Soleimani n’était pas n’importe qui.

Haut responsable des Gardiens de la Révolution, les Pasdaran, il commandait les opérations extérieures de Téhéran de la Force Al-Qods. Al-Qods signifie Jérusalem en arabe, montrant bien la vocation vengeresse de cette unité contre Israël et ses protecteurs, principalement les États-Unis. De plus, reconnu brillant stratège, y compris par ses adversaires, Soleimani a organisé les milices inféodées à son pays en Syrie et en Irak. C’est à ce titre que Donald Trump a ordonné son exécution.

Mais pourquoi maintenant et à côté de Bagdad ?

C’est le résultat d’un processus engagé par les deux camps. Depuis des années, ce jusque dans l’Afrique sub-saharienne, l’Iran cherche à déstabiliser les pays sunnites en poussant au soulèvement les minorités chiites, comme en Arabie Saoudite ou au Yémen. Quand ces minorités n’existent pas, à coups de pétro-dollars, les services iraniens suscitent des conversions au chiisme. Comme au Maghreb, y compris au Maroc, ou au Sahel dans des pays comme le Sénégal. Dans certains États arabes, principalement la Syrie, le Liban et l’Irak, les alliés de Téhéran sont même aujourd’hui dans le pouvoir ou dans sa périphérie immédiate.

Cette situation a mis les responsables politiques arabes en état de panique. Israël en a profité pour s’allier à eux en même temps qu’il pousse Washington à engager le fer contre Téhéran.

Au Liban comme en Irak des manifestations contre l’ingérence iranienne

Des manifestants irakiens fustigent l'ingérence iranienne

« Dehors l’Iran! Bagdad libre! » scandent des manifestants irakiens

Sur ces entrefaites, des émeutes éclatèrent à l’automne dernier au Liban, puis en Iran et en Irak qui, outre les conditions économiques, dénonçaient la politique étrangère invasive du régime iranien et, pour le peuple de ce dernier, sont coût exorbitant. Téhéran et ses alliés répliquèrent en accusant les Américains d’être à l’origine des troubles. En fait, Washington, comme les autres pays occidentaux, n’avait certainement rien fait de plus que de se réjouir des difficultés d’un partenaire retors.

Les milices pro-iraniennes lancent des roquettes contre les base américaines…

À partir de la fin d’octobre, et en deux mois, prenant des airs de revanche si l’on s’en tient au discours des partisans de Téhéran, douze pilonnages de roquettes s’abattaient sur les bases militaires de l’Oncle Sam qui combattent Daech (l’État islamique) en Irak. Puis, le 27 décembre, au cours de l’une de ces attaques, un sous-traitant américain était tué à Kirkouk, dans le nord du pays. Le 29, les États-Unis répliquaient en frappant cinq bases de miliciens irakiens proches du Hezbollah pro-iranien. Se justifiant, Washington accusait ces derniers d’être à l’origine des attaques contre ses bases.

Les pro-Iraniens s’en prennent à l’ambassade américaine à Bagdad

Milices iakiennes, Hezbollah, Assaeb el Haqq attaquent l'ambassade américaine en Irak

Les milices pro-iraniennes causent des dommages à l’ambassade américaine à Bagdad

Alors, le 31, des milliers de manifestants irakiens, mais pro-iraniens, pour la plupart des miliciens, se regroupaient devant l’ambassade des États-Unis à Bagdad. Ils étaient entrés dans la « zone verte », ultra sécurisée, sans être arrêtés par les forces irakiennes qui en assurent la protection. Ils pénétrèrent dans le vestibule de la représentation diplomatique américaine et brûlèrent des installations de sécurité. Les Marines ont dû tirer en l’air, utiliser des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes pour repousser les assaillants.


Cela rappelait un très mauvais souvenir aux États-Unis: celui de la prise d’otages de leur ambassade de Téhéran en 1979 qui dura plus d’un an (photo ci-contre). Pas un Américain n’a oublié cet épisode traumatisant. Les Iraniens et leurs séides auraient dû y penser !

Mais l’élimination de Soleimani refait l’unité de l’Iran

Le 3 janvier, décidée par Trump et pour être réactionnelle, l’exécution de Soleimani n’en est pas moins une erreur stratégique grave de l’exécutif américain. Pour deux raisons. D’une part, en matière de représailles, le coup porté doit être proportionné à l’attaque pour éviter l’escalade. D’autre part, toutes opinions confondues, la victime jouissait d’un prestige inégalé dans la population de son pays parce qu’il flattait l’orgueil national. Aussi, en tuant Soleimani, les États-Unis ont refait, un moment, l’unité iranienne à leurs dépens.

Poutine calme le jeu

Le 7 janvier 2020 Poutine reçoit Assad dans le poste de commandement russe à Damas.

On craignait le pire. Mais la politique internationale a des airs de feuilleton. Peu après la mort de Soleimani, Poutine se déplaça à Damas pour calmer le jeu et interdire une attaque iranienne d’Israël à partir de la Syrie à titre de représailles. Il sait que ce serait la guerre contre l’Occident et, qu’à ce jeu, lui et ses alliés seraient perdants. Quant aux Européens, ils pesèrent de tout leur poids auprès des Américains. La guerre provoquerait l’interruption du flux de pétrole du Golfe d’où provient 40% de leurs approvisionnements.

Mais Téhéran réplique à partir de son sol

Alors, dans la nuit des 7 au 8 janvier, quand pour le principe Téhéran réplique, c’est au minimum. Certes, 22 missiles touchent deux bases US en Irak. Mais ils ne font aucune victime. Les Américains ont été prévenus. Ali Khamenei, le guide, parle « d’une gifle à la face » de ses ennemis. Des deux côtés, on dit que l’adversaire a reculé. Pour sauver la face, on retourne à la guerre des mots. 

Cette fois, la raison l’a emporté. Mais comme une épée de Damoclès, le risque d’une guerre autour du Golfe menace au-dessus de nos têtes. Même si, somme toute, seule la moitié d’un pays la désire vraiment : les faucons de Netanyahou en Israël.

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