Marlène Schiappa, femme de pouvoir

Marlène Schiappa

Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’égalité femmes-hommes

Notre pittoresque secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, enchaîne les actions et engagements féministes aux accents provocateurs.

Vaste programme: « gender budgeting », amendes pour harcèlement de rue, PMA pour tous…


En juillet, elle parlait d’accorder un « CAP petite enfance », principalement pour les mères retournant au travail. Quelques jours plus tard, elle suggérait la création du « gender budgeting », un terme inspiré par son anglomanie pour que l’argent de l’État soit réparti à égalité entre les femmes et les hommes. Pince-sans-rire, à droite, quelques-uns se gaussaient voyant là un bon moyen de réduire les finances de l’armée. Schiappa n’a pourtant pas à se plaindre, le budget de son secrétariat d’État est l’un des seuls à ne pas avoir été rogné par souci d’économie. Sur sa lancée, elle nous faisait une belle rentrée : le 12 septembre, devant la presse convoquée, elle affichait sur le portail d’entrée de ses bureaux la liste des dix plus mauvaises entreprises en matière d’égalité hommes-femmes. Dans la même journée, elle promettait sur RMC de faire punir par des amendes le « harcèlement sexuel de rue ». Au cours de la même émission, elle annonçait la PMA (procréation médicale assistée) « pour tous ». Enfin, toutes les femmes. Cela pour mettre fin à une « forme de discrimination à l’égard des femmes lesbiennes et célibataires ».  Elle devrait pourtant s’interroger sur l’importance d’un papa, elle qui a préféré le sien à sa mère à l’âge de 13 ans et demi. Une autre femme qui a parfois le mot juste, une certaine Ludovine de La Rochère, se posait justement la question : « Peut-on priver délibérément un enfant de père ? » Cela fait beaucoup au crédit, ou plutôt au discrédit, de cette Marlène dont bien peu de soldats  voudraient. On se demande quelle mouche a piqué cette adepte de la « féminocratie » totalitaire…

L’enfance de Marlène Schiappa

Tout commence pour elle à sa naissance. Son père, Jean-Marc Schiappa, a semble-t-il fait planer de mauvaises ondes sur son berceau. C’est un spécialiste de la vie et de la pensée de Gracchus Babeuf, ce révolutionnaire illuminé et anticlérical reconnu précurseur du communisme par Marx et Engels.

papa Schiappa, un trotskiste assumé

Spécialiste de Babeuf ! Nous devrions plutôt dire obsédé jusqu’à avoir écrit plusieurs livres sur cet inconnu de l’opinion. Il est aussi président de l’IRELP (Institut de la Libre Pensée) créé par la Fédération de la Libre Pensée dirigée par Marc Blondel. Enfin, c’est un proche de Daniel Gluckstein (1) , responsable trotskiste de la tendance dite lambertiste. On lit même que le père Schiappa a « trimballé » sa fille « dans ses tractages et manifs. Des réunions de cellule lambertiste se tiennent à la maison » (2).
À mourir de rire, elle avoue : « Enfant, je croyais que Trotski et Marx étaient des amis ». En clair, elle a reçu le virus bien avant son premier flirt. On cherche encore le remède.

Les aspirations professionnelles de ce père, pardon de le dire plus déformateur que formateur, ne pouvaient pas s’épanouir partout. En bon militant infiltrant le système, il est d’abord délégué syndical de Force ouvrière à la Caisse d’allocations familiales de Paris. Puis il passe le CAPES et devient professeur d’histoire-géographie dans un collège de Créteil.

Marlène Schiappa voit dans le féminisme un créneau porteur

Mais la petite Marlène est une fine mouche. Elle a compris les rabâchages  gauchistes ne passionnant pas les auditoires. C’est en s’appuyant sur un féminisme ultra-provocateur qu’elle décide de tailler sa route. En 2008, âgée de 26 ans, elle lance un blog sur Internet : le réseau « Maman Travaille ». Une bonne idée ! Elle se sert de sa propre expérience, comme jeune mère, pour multiplier les exigences. Elle sait, dans notre société, les revendications d’aides et de subventions toujours trouver preneurs. C’est un bon moyen pour se mettre en avant du jeu politique.

Un blog très romantique pour « écrire à son utérus« …

Maniant habilement sa communication, et à force de travail faut-il dire, son blog est un succès. Elle compte 8 000 visiteurs par jour. Alors, elle fonde une association sur la même thématique. Puis elle se lance dans l’écriture de livres. Globalement, elle s’investit là aussi dans le créneau de la pauvre femme victime de la société. Ça marche ! Elle fait néanmoins quelques dérapages. Par exemple  avec « Lettres à mon utérus », un titre pas très romantique, qu’elle publie en 2016.

et un livre pour faire la promotion sexuelle des femmes rondes

Il y a aussi « Osez l’amour des rondes », comprenez « des grosses », en 2010. Certains passages de l’ouvrage vont jusqu’à vanter de manière assez vulgaire  les  prestations sexuelles « des rondes », laissant poindre un rien de frustration féminine. Oserons-nous suggérer, à cette égérie du féminisme castrateur, que ses emportements idéologiques sont sans doute bien plus responsables de l’absence de soupirants devant sa porte que ses courbes un peu prononcées ?

Le sujet semble néanmoins tarauder la dame au point que toute la presse lui attribue à tort ou à raison une série de  livres érotiques sous pseudo. Jouer les féministes ou être aimée, il faut choisir !

Les harceleurs de La Chapelle-Pajol boudent Marlène Schiappa

Le cas de notre secrétaire d’État semble désespéré. Le 12 juin dernier, elle s’est fait filmer traversant le quartier de La Chapelle-Pajol. En jupe courte s’il vous plaît. Objectif recherché, révéler le harcèlement dont sont victimes les femmes, dans cette zone populaire de la capitale, à forte densité immigrée. Alors que, quinze jours plus tôt, deux femmes se plaignaient des satyres qui hanteraient l’endroit, le passage de la malheu-reuse Marlène Schiappa n’est même pas sifflée. Le comble ! Du coup, elle a retiré le film de son compte Twitter.

Elle veut accéder au monde de  la politique

Tout cela n’est en fait qu’amusement. Elle sait ce qu’elle veut : accéder au monde politique. Elle s’inscrit sur le parcours. En mars 2014, elle rejoint la liste du maire socialiste Jean-Claude Boulard. Elle se retrouve conseillère municipale. Bien sûr, elle joue la carte de l’immigration en créant avec Assia Benziane, du Front de Gauche, le « Mouvement des élu(e)s français(e)s pour l’égalité ». Aux départementales de la Sarthe, en 2015, elle est battue.

Marlène au cabinet de Laurence Rossignol, une ex-trotskiste

On lui tend la main : en mars 2016, Laurence Rossignol la nomme à son cabinet. Rossignol est alors ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes. En outre, elle a commencé en politique à la LCR, la Ligue communiste révolutionnaire, l’autre parti trotskiste. Voilà qui crée des affinités avec papa Schiappa.  Mais le béguin ne dure pas. Affaire d’ego semble-t-il, la mission prend fin en juin et n’est pas renouvelée.

Marlène atteinte de macronite devient secrétaire d’Etat

Marlène joue alors Emmanuel Macron. Avant même le démarrage officiel de la campagne présidentielle, elle fait partie de ses groupies. Elle devient l’un de ses cent délégués sur le territoire français. Jusqu’à décrocher le jackpot : son secrétariat d’État.

On peut regarder tout cela avec détachement. C’est pourtant à une mutation de la société à laquelle nous assistons. D’un côté Macron impose des règles ultra-libérales qui le ferait passer pour un homme de droite. De l’autre, il laisse prospérer sous son aile les tendances les plus extrêmes et les plus pernicieuses de la gauche.

Nous entrons bien dans un nouveau monde : celui du mondialisme triomphant des multinationales associé à l’ultra libertarisme des individus. Le veau d’or  pour emblème dans le domaine publique, mais ni Dieu ni maître dans la vie privée. Quand, d’un côté on nous fait plier sous le joug de lois économiques, de l’autre, et en compensation, on nous offre l’effacement des règles morales.

La société concoctée par Macron sert ainsi les intérêts financiers des Rothschild et les aspirations des gauchistes de la mouvance trotskiste. Reste à savoir jusqu’où peut aller cette alliance contre nature. Car, un jour, pour le pouvoir total ou divergeant sur le plan économique, ces deux tendances se retrouveront en conflit. Ce sera la rue contre la finance. Entre temps, notre société, ses traditions, ses valeurs et l’attachement au pays auront été balayés. Il ne restera que l’appât du gain et le goût des jouissances basses et ordinaires.

 Notes

  • (1) Nous avons interviewé Daniel Gluckstein en juin 2001 pour le compte du « Figaro-Magazine ». Il dirigeait alors le Parti des travailleurs. Le pauvre homme se demande encore pourquoi ses arguments ne sont pas parvenus à nous convaincre.
  • (2) In « Le Monde » du 16 août 2017.

Guerre de l’information en Syrie

Les Américains ont-ils affrété des avions d’Azerbaïdjan pour armer les ultra radicaux islamistes en Syrie?

La chute d’Alep aux mains du régime syrien…

Tout commence à Alep en décembre 2016. Une journaliste d’une trentaine d’années envoyée par le journal bulgare « Trud », Dilyana Gaytandzieva, est en reportage sur place. On est alors dans le contexte de la chute de la ville aux mains du régime de Bachar Al-Assad.

dilyana-Gaytanzieva devant une caisse de munitions- Alep, Syrie

Dilyana Gaytanzieva dans les entrepôts à Alep

Des éléments proches de l’appareil d’État conduisent Dilyana sur le site de neuf entrepôts souterrains d’armes dans l’est d’Alep. Certaines caisses portent des étiquettes établissant que ces armes viennent de Bulgarie. La jeune femme filme les lieux et les documents.

Des entrepôts abandonnés et des armes financées par les Américains en provenance de Bulgarie

Point qu’elle ne peut avoir inventé, quand elle rédige son papier, elle affirme que ces entrepôts appartenaient au mouvement Al-Nosra, le groupe affilié à Al-Qaïda, avant la chute d’Alep. Néanmoins, elle ne donne aucune preuve. Elle semble, pour soutenir cette affirmation, s’être contentée des déclarations des représentants du pouvoir syrien ou de ses proches.

De retour en Bulgarie, des informations lui parviennent par enchantement

Dilyana avait eu la chance d’être amenée dans les entrepôts souterrains à Alep.
De retour en Bulgarie, le sort lui est à nouveau favorable. Des âmes généreuses bien qu‘anonymes lui donnent des copies de documents émanant de communications entre les autorités bulgares et l’ambassade d’Azerbaïdjan à Sofia.

C’est du lourd ! Il s’agit de demandes de couverture diplomatique pour des avions de la compagnie aérienne azerbaïdjanaise « Silk Way » afin de transporter des armes.

Demande d’exemption de contrôle

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Copie du document « Exemption de contrôle », cargaison qui aurait atterri en Syrie

Le document ci-contre, l’un des nombreux publiés, est une exemption de contrôle « pour le transport de marchandises dangereuses » accordée par les autorités bulgares. Elle est au nom de la compagnie « Silk Way » pour un vol allant de KJFK (aéroport John F. Kennedy de New York) à UBBB (aéroport international Heydar Aliev de Bakou, Azerbaïdjan) puis ORBI (aéroport international de Bagdad, Irak) (1). Le vol était programmé pour le 28 mai 2017.

Des munitions américaines destinées au gouvernement irakien

Plus important, l’affréteur ou envoyeur est « Chemring Ordnance INC, USA », un fabriquant de munitions américain. Le ministère irakien de l’Intérieur apparaît comme le destinataire.  En clair, cela signifie que les États-Unis ont fourni des munitions au gouvernement irakien qui combat Daech (l’État islamique) dans le nord du pays.

Certes, l’opération n’est pas facile à expliquer d’un point de vue politique. Les autorités irakiennes sont en effet très liées à l’Iran avec lequel les États-Unis sont en délicatesse.

Néanmoins, dans le cadre de l’intervention alliée contre Daech, l’armée américaine collabore sur le terrain avec l’armée irakienne. Il n’y a donc rien d’étonnant dans cette livraison de munitions.

Confirmant la véracité de ces transports d’armes vers le Moyen-Orient, une ONG américaine a elle-même publié un rapport. Il s’agit de l’OCCRP (2) (Organized Crime and Corruption Reporting Project).

Dans un rapport non daté qui ne peut pas remonter avant juillet 2016, on lit : « Le BIRN (3) et l’OCCRP  ont identifié 68 cargos aériens (dont 50 confirmés comme transportant des armes et des munitions et 18 supposés tel) de Serbie, de Slovaquie, de Bulgarie et de la République tchèque à destination de trois fournisseurs clés des rebelles syriens : l’Arabie Saoudite, la Jordanie et les Émirats arabes Unis. Quelques-uns de ces vols se sont arrêtés en Europe centrale et en Europe de l’est avant de poursuivre leur route vers le Moyen-Orient ».  Dilyana parlait de 350 vols, au cours des trois dernières années, mais n’évoquait que la compagnie « Silk Way ». 

Sur un tableau, figurent bien, parmi les noms des transporteurs, celui de « Silk Way », mais aussi ceux de « Ruby Star Airways », compagnie la plus citée basée à Minsk en Biélorussie, de « National Airlines », d’Orlando aux États-Unis, de « TransAVIAexport Airlines », autre société biélorusse, ou d’ « Air Cargo Global », sous couleurs slovaques.

Obama lui aussi livrait des armes aux rebelles syriens…

Ce n’est cependant pas une révélation que les Américains livrent des armes aux rebelles syriens. Ils le disent officiellement depuis 2013, quand la décision a été prise par Barack Obama. Donald Trump a du reste annulé ce programme en juin dernier. Sa décision a été rendue publique le 19 juillet 2017.

Citant des officiels américains, le « Washington Post » a évoqué « l’intérêt de M. Trump à trouver des moyens de travailler avec la Russie » car cette dernière, précise le journal, « considérait ce programme anti-Assad comme une agression contre ses intérêts ».

Le fond du problème: à qui étaient destinées les armes envoyées vers la Syrie?

Or, on s’en doute, ces armes ne pouvaient qu’emprunter un itinéraire tordu. Un peu comme celui utilisé par les Russes pour armer le Vietminh, pendant la guerre du Vietnam, ou les Iraniens aujourd’hui pour approvisionner en missiles le Hezbollah.

Il n’y a donc rien de nouveau dans les faits connus. Tout est dans la formulation : les Américains disent avoir armé les « rebelles syriens » dits modérés. Dilyana, notre journaliste bulgare, elle, affirme autre chose. Elle parle « d’armes fournies aux terroristes en Syrie » par les États-Unis (4).

Dilyana n’a sans doute pas l’expertise nécessaire pour évaluer la situation

Elle appuie son propos sur le fait que les armes qu’elle a vues à Alep auraient appartenu à la branche syrienne d’Al-Qaïda. Mais, comme nous l’avons compris plus haut, sans donner de preuves. Ou bien elle se contente de la parole de ses guides, comme nous l’avons aussi précisé plus haut forcément liés au régime syrien. Ou bien elle reprend la terminologie des maîtres de Damas qui qualifient de terroristes les rebelles en faveur d’un système démocratique.

Certes, on ne peut éliminer la possibilité d’une livraison cachée de la CIA à un groupe terroriste. Mais ce n’est qu’une possibilité.

En outre, Dilyana oublie une alternative. Si la  branche syrienne d’Al-Qaïda était bien la propriétaire de ces armes, elle pouvait aussi les avoir prises à des groupes de rebelles modérés. Le propos de la journaliste, évoquant des « armes fournies aux terroristes », apparaît comme un raccourci, voire pire, comme le résultat très possible d’une désinformation dont elle aurait été la première victime.

La presse Internet reprend aveuglément l’interprétation biaisée de Dilyana sans aucune vérification ni réflexion

S’il y a volonté d’influencer l’opinion à travers Dilyana, de la part de manipulateurs, avouons qu’ils ont bien réussi leur coup. La presse Internet contestataire, de droite comme de gauche, a repris goulûment l’idée évoquant « les livraisons d’armes aux terroristes » par les Américains.  

L’affaire pouvait s’arrêter là, mais c’est mal connaître le manque de grandeur, additionné d’un sens de la prudence confinant à la lâcheté, de la presse occidentale dans laquelle se range désormais celle de la Bulgarie. Le 24 août dernier, Dilyana annonce qu’elle a été licenciée de sa publication après avoir été interrogée le même jour par les services de renseignement bulgares. Les méthodes communistes étant révolues en Bulgarie, avouons qu’elle s’en sort bien !

Les médias Internet, eux, s’en donnent à cœur joie. Maintenant ils titrent : « Une journaliste virée après avoir révélé des livraisons d’armes occidentales aux terroristes en Syrie » (5). La grande presse se tait. Comme les autorités américaines du reste.

Bien sûr, tout cela n’est pas facile à expliquer. Mais, à se taire, on amplifie l’impression d’une partie croissante du public que tout se décide dans son dos. Aux yeux de l’opinion, à moitié vraie, cette réalité devient alors la vérité absolue.

Dans l’affaire ci-dessus, se retrouvent principales victimes ceux qui se sont battus pour une Syrie libre des islamistes et du régime des Assad. En tirent profit ce régime et sans doute les Russes. Au Moyen-Orient, la Syrie est devenue l’épicentre d’une guerre de proxys entre Washington et Moscou. Trump ne peut échapper à cette dynamique. Les pays européens parviendront-ils a éviter le pire? Le vote de la résolution 2373 du Conseil de sécurité des Nations Unies, pour le renouvellement du mandat de la FINUL, révèle qu’ils ont encore leur mot à dire. A cette occasion, pour une fois, les Français ont bien joué.

Notes

  • (1) Dans les documents aériens officiels, les aéroports internationaux sont désignés sous un code.
  • (2) Au passage, signalons que l’OCCRP est financée entre autres par l’US-AID et le  Département d’État américain.
  •  (3) Birn : « Balkan Investigative Reporting Network » (Réseau balkanique de reportages d’investigation). Cette organisation est largement soutenue par des financements émanant de pays occidentaux.
  • (4) Nous nous appuyons sur son message daté du 24 août 2017.
  • (5) Mediapart, 5 septembre 2017.

Les Russes ont-ils financé le gaz sarin de la Syrie ?

LE gaz sarin en syrie …

L’attaque du 21 août 2013 au gaz sarin, sur des zones rebelles au régime de Bachar Al-Assad, fait encore des vagues. Le régime affirme que ses adversaires se sont tirés dessus. Peu crédible, mais sait-on jamais ! Les Nations Unies néanmoins soutiennent que les attaquants ont prélevé le sarin sur les stocks de l’armée syrienne. Dans un rapport, le ministère français à la Défense a pour sa part parler du CERS ou Centre d’Études et de Recherches Scientifiques, une unité de l’armée syrienne en charge de la gestion et de la manipulation des gaz de combat.

Peut-on croire les Américains?

Certes les Américains nous ont laissé quelques souvenirs gênants : par exemple le 5 février 2003, quand Colin Powell, alors secrétaire d’État, brandissait un dossier de preuves fabriquées devant le Conseil de sécurité pour inciter ses membres à voter la guerre contre l’Irak. S’ils sont corroborés par d’autres sources, les indices et les informations apportés par Washington ne peuvent cependant pas être écartés d’un revers de main. En pareil cas, laissons au moins prévaloir le bénéfice du doute au profit des Américains.

Informations américaines sur l’approvisionnement en produits et équipements du CERS de l’armée syrienne

Or, selon les autorités de Washington, Issa Al-Zeydi, double national russe et syrien, en outre propriétaire de la société Balec Trading Ventures Ltd, a reçu en 2006 sur le compte de sa société la somme de 1,1 million de dollars. Cet argent venait d’un Russe du nom d’Alexander Perepilichny et a transité par le compte du Crédit Suisse de celui-ci. Début 2008, un second versement de 2,2 millions de dollars a été effectué. Cet argent appartenait à la mafia russe.

Les Américains accusent Al-Zeydi d’avoir approvisionné en produits et équipements sensibles le CERS, comme nous avons vu la structure syrienne de l’arme chimique. L’argent donné par Perepilichny semble avoir été destiné à cet usage. On se demande néanmoins pourquoi un mafieux Russe aurait fait ces généreuses donations à une société appartenant à un Syrien afin de financer la fabrication de gaz de combat. Un autre éclairage apparaît nécessaire.

Perepilichny lié au scandale Magnitski.

Une escroquerie avait permis de soutirer 230 millions de dollars au ministère des Finances russe. Deux témoins gênants sont morts, dont Sergueï Magnitski qui a laissé son nom à l’affaire. Perepilichny est lié à ce scandale. Pour plus d’informations lire :  « Existerait-il une tendance mafieuse au sein du pouvoir russe?   » (sur le site du: Centre de Recherches sur le Terrorisme depuis le 11 septembre 2001)

Balec Trading a servi pour l'achat du gaz sarin utilisé en Syrie

L’ordre de paiement à Balec Trading Ventures.

Plus intrigant encore, chargé de la procédure, Denis Grunis, du Parquet fédéral russe, s’est avéré complice d’un coupable de ce vaste détournement. Il a même protégé ce coupable grâce à ses fonctions. Or cette faute ne lui a valu aucune sanction. Au contraire, il s’est vu promu à un poste supérieur.

Vraie escroquerie ou mise en  scène par le pouvoir russe ?

On en vient à se demander si ce détournement de 230 millions est bien réel. Si, après tout, le pouvoir russe n’a pas organisé lui-même cette fuite d’argent pour financer les armes chimiques syriennes sans se compromettre. L’affaire est grave car elle supposerait un viol de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques, qui interdit « leur fabrication, leur stockage et leur usage ». Pour mémoire, cette convention a été signée à Paris le 13 janvier 1993 à Paris.

Plus grave encore, on est en droit de se demander si la Russie ne s’est pas servie de la Syrie pour abriter des stocks de sarin ou de gaz moutarde pour ses propres réserves. Leur dissimulation sur un sol étranger aurait alors pris tout son sens, permettant à Moscou de ne pas violer directement la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (Titre officiel : « Convention sur l’interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l’usage des armes chimiques et sur leur destruction ». ). La Syrie, faut-il dire, au moment de l’attaque chimique du 21 août 2013, n’était pas signataire de la Convention. Ce pays n’a adhéré que le 14 septembre 2013. Après que les Occidentaux aient menacé d’attaquer.

Lire aussi:   Assad sent-il le gaz?

À quand une nouvelle loi Rothschild ?

Qu’est ce que la loi Rothschild et quel est son impact sur la situation économique française ?

Pompidou et Macron, deux Présidents qui viennent de la banque Rothschild

Georges Pompidou est entré en 1954 à la Banque Rothschild et en est ressorti directeur général en 1958. D’abord membre du Conseil constitutionnel, il deviendra Premier ministre du général De Gaulle, en 1962, puis sera élu Président de la République en 1969 avec 58,21% des suffrages exprimés.

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Emmanuel Macron

Cet itinéraire n’est pas sans nous rappeler celui d’un certain Emmanuel Macron, d’abord élevé au sein de la Commission Attali, sous le Président Nicolas Sarkozy, puis devenu ministre d’État avant de se faire élire lui aussi haut la main par les Français.

La loi n° 73-7 du 3 janvier 1973 ou loi Rotschild

Un an avant de mourir, avec l’aide de son ministre des Finances Valéry Giscard d’Estaing, Pompidou fit passer une législation lourde de conséquences pour les Français : la loi n° 73-7 du 3 janvier 1973. Consacrée à la redéfinition du statut de la Banque de France, que cette loi fût baptisée « loi Rothschild » n’est pas sans raison.

La loi Rothschild interdit à l’État d’emprunter à la Banque de France

Par  l’effet de l’article 25, elle stipule que « le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France ». Ce jargon pour dire que contrairement à son habitude jusqu’en 1973, l’État français ne peut plus emprunter de l’argent à taux zéro, ou à peine plus, à sa banque centrale. Dorénavant, pour financer ses déficits, il devra s’adresser aux banques privées et payer un intérêt plus que confortable.

Brusquement, Pompidou et Giscard transformaient ainsi les emprunts de l’État français en un lucratif business pour les Banques privées. Selon les analyses, la dette publique accumulée aujourd’hui par la France correspond au montant de l’intérêt. En d’autres termes, à taux zéro, notre dette serait quasiment nulle.

Maastricht: la BCE et les banques centrales des États membres de l’UE n’ont pas le droit d’accorder des prêts ou des crédits aux États

Prouvant bien le caractère concerté de ce passage à un emprunt forcé de l’État auprès des banques privées, le traité de Maastricht, dans son article 104, puis celui de Lisbonne, à l’article 123, réitèrent le principe. Ils interdisent « à la banque centrale européenne et aux banques centrales des États d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions » étatiques.  Ce qui passait aux yeux des Français informés pour une lubie hexagonale s’est depuis révélé une tendance voulue par des décideurs occultes… et mondialistes. Une obligation pour tous les pays de l’Union européenne.

Dans la loi de 1973 ou loi Rothschild, il n’avait fallu qu’une courte phrase pour déposséder notre État d’un droit souverain. Une phrase dont la pleine compréhension n’apparaissait pas forcément au premier regard du citoyen ordinaire.

Avec Macron de nouvelles «  lois Rothschild  » en perspective?

Les mêmes causes engendrant les mêmes effets, nous observons l’arrivée de Macron à l’Élysée avec la plus grande défiance. Des lois, il va beaucoup nous en pondre, puisque l’habitude de séparer les pouvoirs exécutif et législatif s’est perdue sous De Gaulle. Il en tirera argument pour dire qu’il fait quelque chose, le brave homme ! Beaucoup de ces lois seront cependant inutiles. Quelques-unes, en une ligne nébuleuse, pourront engendrer des changements radicaux, des catastrophes irrémédiables. Bien sûr allant toujours dans la même direction : celle inspirée par les banques d’affaires et l’idéologie mondialiste.

Dorénavant, ceux qui en ont le temps et la compétence devront consacrer du temps au décryptage des nouvelles législations votées par notre Parlement. C’est un acte de résistance. Parce qu’à n’importe quel moment peuvent surgir de nouvelles lois Rothschild. L’arrivée de Macron au pouvoir en est l’augure.

Philippe Val célébré dans les colonnes de « Valeurs Actuelles »

Dans sa publication du 9 février 2017, « Valeurs Actuelles » accueillait dans ses pages les écrits de Philippe Val. Quatre pages bien choisies, s’il vous plaît, d’un pamphlet intitulé « Cachez cette identité que je ne saurais voir ».

Valeurs Actuelles, média de droite, offre une tribune à Philippe Val ancien directeur de Charlie Hebdo

L’espace attribué, a pris lui le titre « Une mélancolie  juive ». Et pour cause, il est une célébration au spleen de Val qui souffrirait dans son âme d’être mal aimé parce qu’il aime Israël et la communauté juive. Cette souffrance doit être terrible dans la société actuelle !

Val :  « des complotistes ahuris« …

Philippe Val, ancin directeur de Charlie Hebdo

Philippe Val avait licencié son collaborateur Siné pour « antisémitisme » à la suite d’une chronique sur Jean Sarkozy en juillet 2008.

 

Il a de bons mots qui ont le mérite au moins de nous faire rire. Par exemple avec ces lignes : « Et quand je pense qu’il y a encore des complotistes ahuris, et pas des illettrés, qui croient que les juifs tiennent les médias ! Mais mes pauvres ex-amis, si les juifs tenaient les médias, vous croyez qu’on en serait là ? » 

 

Qu’en aurait pensé Raymond Bourgine fondateur de Valeurs Actuelles?

Mais le plus drôle est dans l’hospitalité offerte par « Valeurs Actuelles » à un Val, ancien directeur de « Charlie Hebdo » affichant de plus des idées d’extrême gauche longtemps sans compromis. Raymond Bourgine, fondateur de Valeurs, comme on dit, et du « Spectacle du Monde » était aussi un partisan actif de l’Algérie française. Il doit taper dans son cercueil pour leur dire d’arrêter.

Mais quelle est la raison de cette hospitalité à l’endroit d’un gauchiste extrémiste?

En fait, la ligne pro sioniste de Valeurs n’a fait que s’affirmer avec le temps. Même le rachat du titre en avril 2015 par un marchand d’armes libanais chrétien, Iskandar Safa, n’a pas changé cette inclination. Le passage de Val dans les colonnes de Valeurs prouve une chose : son amour aveugle d’Israël et de la communauté juive lui y servent de passeport.

Les salafistes ont appelé à voter Macron

Fatwas salafistes et élections présidentielles en France

Début mai, surgissait dans plusieurs médias la dénonciation du recours aux fatwas (1) d’un cheikh intégriste saoudien pour appeler les musulmans de France à voter Macron. Il s’agit de Mohammad ibn Salih ibn Uthaymin, appelé couramment Uthaymin, une personnalité religieuse de premier plan en Arabie Saoudite, ce jusqu’à sa mort en 2001. On pourrait s’en réjouir croyant ce cheikh s’étant rallié au jeu de la démocratie.
Et pourtant !

Voter dans les pays « mécréants« , chez nous pour eux, peut-être licite à certaines conditions

Quand, il prononça sa fatwa, Uthaymin affirma tout d’abord illicite le vote des musulmans dans nos pays de « mécréants », pour reprendre son expression. Néanmoins, passant outre à son premier interdit, il appelait ses coreligionnaires à voter si l’un des candidats menaçait les musulmans. Il évoquait le risque de l’expulsion ou des prohibitions en matière religieuse. Voter, était alors, selon lui, un moindre mal.

Empêcher le Front National d’accéder au pouvoir

En France, s’appuyant sur son raisonnement, des imams intégristes dits salafistes ont appelé à voter Macron au cours de leur prêche du vendredi. Ils invoquaient la « nécessité » d’empêcher le Front National et Marine Le Pen d’accéder au pouvoir au nom de la théorie « du moindre mal ».

Uthaymin, un inspirateur de Ben Laden

Le recours aux fatwas d’Uthaymin sent pourtant le soufre. Oussama Ben Laden, faut-il savoir, en a utilisé certaines pour justifier sa « guerre sainte » contre l’Occident. On m’opposera qu’Uthaymin n’est pas responsable de la récupération de ses fatwas par des tiers. Vrai, mais pour être reprises par des terroristes, encore faut-il qu’elles se prêtent à leur idéologie et à leurs desseins.

Sur ce plan, l’une de ses conférences nous apparaît particulièrement néfaste.
Elle a été prononcée en octobre 1994 à la mosquée d’
Oneiza en Arabie Saoudite. Sous l’intitulé « L’interdiction de tuer des femmes et des enfants à la guerre » (2) , il est dit : « S’ils (nos ennemis) nous l’ont fait, s’ils ont tué nos enfants et nos femmes, pouvons-nous tuer les leurs ? » L’avis prononcé fait frémir. « Il apparaît qu’il nous est permis de tuer leurs femmes et leurs enfants, même si cela nous cause un préjudice nous empêchant de les réduire en esclavage. Car, les réduire en esclavage diminuerait nos chances de briser le cœur de nos ennemis, de les affaiblir et de les rabaisser. Ceci plus généralement en raison des admonestations d’Allah  quand il dit : « Usez de réciprocité à l’égard de quiconque marque de l’hostilité contre vous (2) »

Interprétation toxique du Coran…

Uthaymin parlait en intégriste qui interprète le Coran de manière littéraliste. Un musulman sensé lui répondrait : « À vous écouter, si nos ennemis pratiquent le cannibalisme sur leurs prisonniers, nous en serions réduits à pratiquer de même à leur égard. On ne répond pas à l’horreur par l’horreur. Le Coran interdit le meurtre des non-combattants ». C’est, savons-nous, l’opinion de la majorité des musulmans et des uléma.

Que des imams exerçant en France s’appuient sur un cheikh saoudien estimant la pratique de l’esclavage une affaire normale, nous semble atterrant. Que les pouvoirs publics de notre pays ne réagissent pas nous semble encore plus inquiétant.

Mais un train peut en cacher un autre. Parmi les noms d’imams coupables à nos yeux de recourir aux fatwas d’Uthaymin, figure le nom de Noureddine Aoussat. Là, surprise, nous le connaissons en effet pour la modération de ses propos et son appel à l’intégration des musulmans dans la République.

Uthaymin a dit « wajib« 

montage photo d'Aoussat et Uthaymin, polèmique à propos du vote en France

L’image de présentation de la vidéo de « Raton Obscur« , « Uthaymin a dit wajib« .

Faisant une recherche, nous découvrons sur Internet une vidéo (3) sous le titre « Uthaymin a dit wajib ». La photo de présentation est un montage associant les visages du Saoudien et d’Aoussat. Cependant, quand on écoute le texte, si on entend des extraits en arabe d’Uthaymin, la partie en français est dite par un francophone anonyme qui critique un prêche d’Aoussat. Pire, cet anonyme tient un discours salafiste de refus de notre pays.

Cette vidéo a servi à certains journalistes pour incriminer Aoussat. En fait, il a été monté par une personne se donnant le nom de « Raton Obscur ». Sous ce pseudo d’un goût douteux, et en toute liberté remarque-t-on, elle multiplie les commentaires salafistes les plus agressifs et anti-occidentaux sur Internet.

Décidément, le métier de journaliste n’est plus ce qu’il était quand des professionnels se font piéger aussi facilement par des amateurs. De plus, laisser prospérer sur Internet des prédicateurs vénéneux relève, de la part des autorités, de l’inconscience la plus coupable.  On a le sentiment que les attentats ne leur ont rien appris.

 

Notes

  • (1) Une fatwa, chez les sunnites, est un avis juridirico-religieux émis par un « savant » en matière religieuse ou « alem » (ouléma au pluriel).
  • (2) Il s’agit d’un passage du verset 194 de la sourate II du Coran. Nous utilisons la traduction du cheikh Si Boubakeur Hamza.
  • (3) Sur Youtube.

Franz-Olivier Giesbert refait l’Histoire

Dans « Actualité Juive » du 6 avril dernier, Franz-Olivier Giesbert répond à quelques questions sur son dernier livre, « Belle d’amour ».

Franz-Olivier Giesbert

Franz-Olivier Giesbert

 

L’hebdomadaire qualifie l’ouvrage de « voyage éclairé dans le XIIIe siècle des croisades ». Des choses surprenantes sont pourtant tombées de la bouche de cet érudit.

« Contre-vérités historiques » !

Nous lisons au milieu de l’interview de Franz-Olivier Giesbert : « Dans « Belle d’amour », j’écris que « la Palestine est une terre juive ». Les islamo-gauchistes y ont réagi très violemment. Ces idiots utiles de l’islamisme, souvent bien installés dans des médias comme Le Monde, développent l’idée que la Palestine a toujours été une terre arabe (…) Les Arabes palestiniens d’aujourd’hui sont les descendants des envahisseurs arabes ou de juifs qui se sont convertis à l’islam. Dire qu’ils ont toujours été là et qu’ils furent chassés par les Juifs est un mensonge, une contre-vérité historique ».

Nous voyons-là, nous, un bel assemblage de demies vérités. Prenons-les une à une.

« La Palestine est une terre juive », affirme Franz-Olivier Giesberg se citant lui-même.

Il a raison pour la période allant de la création du royaume d’Israël, au Xe siècle avant Jésus-Christ, à la destruction du deuxième Temple de Jérusalem, en l’an 70 de notre ère.

Qu’en est-il avant et après?

Avant la conquête des Hébreux, parlant des Arabes, Franz-Olivier Giesbert assène : « Dire qu’ils ont toujours été là et qu’ils furent chassés par les Juifs est un mensonge, une contre-vérité historique ». Évidemment puisqu’à l’époque, la fin du XIIIe siècle av. J.C., on n’entend nulle part parler d’ « Arabes ». Leurs ancêtres existent bien sûr, mais eux les Arabes, en tant que peuple ou ethnie, non.

Faute de l’existence d’Arabes, le Pays de Canaan ne saurait alors être arabe. Mais avant l’arrivée des Hébreux, on ne peut pas non plus le déclarer juif puisque, comme la Bible le dit elle-même, les populations qui y vivent alors ne sont pas juives.

Mais qu’en est-il après la fuite massive des juifs de Palestine en l’an 70 de notre ère ?

Pour Giesbert, « les Arabes palestiniens d’aujourd’hui sont les descendants des envahisseurs arabes ou de juifs qui se sont convertis à l’islam ».

Il réduit les Arabes palestiniens à deux composantes : les descendants de juifs convertis à l’islam et ceux des envahisseurs arabes. Pour la première catégorie, il nous semble peu probable qu’elle soit nombreuse, car il faut reconnaître à ce peuple un fort attachement à sa religion. Pour la seconde, les descendants d’Arabes, il oublie un principe de la dynamique de l’Histoire : les envahisseurs sont en général moins nombreux que le peuple envahi. Qui est donc la population envahie ?

Franz-Olivier Giesbert ne parle pas des « chrétiens arabes palestiniens ». Mais nous sommes persuadés qu’il ne faut voir là qu’un oubli qu’il va s’empresser de rectifier dans la prochaine édition d’Actualité Juive. Oubli d’autant plus important à corriger qu’ils sont, ces chrétiens palestiniens, cette fameuse population envahie par les Arabes. Ceux qui ont fait de la Palestine une terre essentiellement chrétienne pendant six siècles, ce jusqu’à la conquête musulmane.

Restent, pour préserver un peu de la judaïté de la Palestine, par l’occupation du sol, les quelques juifs qui sont parvenus à s’y accrocher. Leur nombre a beaucoup varié avec le temps. À la fin de la période mamelouke, le chercheur israélien Yaron Ben Naeh (1) ne parle que de quelques centaines de familles juives, pour la plupart installées dans les villes. Pire, au lendemain des Croisades, en 1267, Nahmanide (2) n’en trouva que deux à Jérusalem.

Aussi, jusqu’à la fondation de l’État d’Israël en 1948, et même encore maintenant, avec la meilleure volonté du monde, nous apparaît-il difficile de dire que la Palestine est une terre exclusivement juive.

On pourrait croire sans importance ces rappels historiques. Ils sont en fait primordiaux car l’Histoire, manipulée et travestie, sert aujourd’hui d’alibi aux uns et aux autres pour se donner le droit de chasser des gens, de chez eux.

Pour le reste, concernant les amabilités de Giesbert sur les journalistes du Monde, nous le laissons en débattre avec eux. Nous nous offrons même comme témoin dans le cas où ils viendraient à en découdre sur le pré par un petit matin frais.

Notes

(1) In « Histoire des relations entre juifs et musulmans » écrit sous la direction d’Abdelwahab Meddeb et de Benjamin Stora.
(2) Haute personnalité juive de l’Aragon (1194-1270). Informations du « Dictionnaire encyclopédique du judaïsme » Cerf-Robert Laffont.

LES ÉLECTIONS DE LA HONTE…Présidentielles 2017

Macron en tête du premier tour des élections présidentielles…manipulation de l’opinion

Macron prononçant un mot à l'issue du premier tour des élections présidentielles 2017

Le rôle des médias dans l’ascension d’Emmanuel Macron

Macron est arrivé au deuxième tour des élections présidentielles grâce à une manipulation de l’opinion. Toute la presse, à quelques rares exceptions près,  s’est prêtée à ce jeu. Nous en avons la preuve.

 

Un témoignage accusant Bayrou d’emploi fictif qui n’intéresse pas les médias!

 Sous le titre « Attaché parlementaire, emplois fictifs, Nicolas Grégoire témoigne »,  nous avons publié le texte écrit par Nicolas Grégoire. En 1997 et 1998, il a été attaché parlementaire pour deux élus du parti de François Bayrou, Jean-Jacques Hyest et Ambroise Guellec. Il était salarié de ces deux personnes, rémunéré par l’État sur l’indemnité attribuée aux députés et aux sénateurs pour cet usage.

Néanmoins, il travaillait au quotidien pour le journal du parti de Bayrou et, comme il le dit, n’a pratiquement pas vu ses « élus ». Il s’agissait donc d’emplois fictifs.

Pourtant Bayrou fait la leçon à Fillon

francois-bayrou

Contre toute attente, François Bayrou rallie Emmanuel Macron le 22 février 2017

Écœuré par les leçons de morale adressées par Bayrou à Fillon, à partir de la fin du mois de mars, il a fait le tour des rédactions. D’abord interpellés, les journalistes finissaient toujours par trouver l’histoire « sans intérêt ». Grégoire a néanmoins intéressé « Le Télégramme », un quotidien local breton.

À l’honneur de la rédaction de ce dernier, une enquête a été diligentée. Bayrou et ses proches ont nié. Ils sont allés jusqu’à dire qu’ils ne connaissaient pas Grégoire ! Étrange, pendant deux ans, ils auraient donné des bulletins de salaire à quelqu’un dont ils n’ont pas le souvenir. Convaincu de la véracité de ses dires « Le Télégramme » a publié le 8 avril dernier : commentaires de Grégoire et dénis de vérité du clan Bayrou dans les mêmes pages.

L’affaire n’intéresse pas les médias

Grégoire a cru alors à la sortie de « l’affaire ». Reprenant son bâton de pèlerin, il a à nouveau démarché les médias. À Europe 1, ils l’ont tenu en haleine pendant une semaine. À l’AFP, sous prétexte de tout vérifier, ils lui ont laissé croire à la sortie d’un papier jusqu’au 22 avril, à la veille du scrutin du second tour.

Comble de l’hypocrisie, certains journalistes ont même prétexté qu’ils ne voulaient pas « interférer dans la campagne » en cours. Dans le même temps, ils continuaient de s’acharner sur les deux candidats de droite en tête dans les sondages, Fillon et Marine Le Pen. De la déontologie journalistique pur sucre !

France Info, RMC, RTL, Le Figaro, Libération, l’Express, l’Obs, Le Parisien, le Journal du Dimanche, Paris Match, le Canard Enchaîné : beaucoup de titres de la presse française sont cités par l’ancien attaché parlementaire. Avec leurs nuances dans la couardise ou la bassesse, ils ont répondu avec le même « niet ».

Marianne a même fait mieux : après avoir contacté Grégoire en vue d’une publication, la rédaction n’a pas donné suite… Mais elle a publié une interview de deux pages de Bayrou. Les deniers de Judas se paient désormais en encre d’imprimerie.

Nous avons compris, le blocage survenait toujours au niveau de la rédaction. Mais pourquoi pour Bayrou et pas pour Fillon ou Le Pen ? Bien sûr, tout le monde vous le dit : il n’y a pas de complot. Il semble quand même bien que des réseaux existent qui cherchent à orienter vos décisions.

Attaché parlementaire, emplois fictifs, Nicolas Grégoire témoigne

Emplois fictif(s) : deux ans à l’UDF payé par la République
Parcours dans les bas-fonds de la politique française

Ancien assistant de parlementaires appartenant au parti de François Bayrou, Nicolas Grégoire raconte son expérience avec une fougue pleine de jeunesse. Si son propos manque parfois de distance, il faut le comprendre porté par la colère. Je connais Grégoire depuis vingt ans et j’atteste de sa sincérité. Sa révolte à l’égard de la classe politique est celle de beaucoup de jeunes, mais aussi d’anciens, déçus par nos élus. Que les notables ouvrent les yeux avant qu’il ne soit trop tard! En attendant, on comprend les accusations portées contre François Fillon, en France, et Marine Le Pen, au Parlement européen, désolé de le dire,  dénuées de sens. Car, ou bien on traîne en justice tous les parlementaires soupçonnés d’avoir recouru aux emplois fictifs, ou bien l’on se tait sur cette dérive tout en songeant à améliorer la loi.

Nous remercions Grégoire de nous avoir autorisé à publier son texte.

Le badge de Nicolas Grégoire, qui lui donnait accès à l’Assemblée nationale.Nicolas Grégoire, ancien attaché parlementaire de François Bayrou témoigne à propos des emplois fictifs des partis politiques

Emploi fictif. Le terme resurgit de scandale en scandale. Pendant presque deux ans, j’ai eu deux emplois fictifs. A l’Assemblée nationale, et au Sénat. Je percevais un salaire, des fiches de paie, pour une activité que je n’exerçais pas. Jamais personne ne s’en est ému. Pourquoi suis-je le seul, en vingt ans, à l’avouer sans contrainte ?

Durant mon séjour rue de l’Université, bordée par l’Assemblée, quadrillée de partis politiques et refuge de l’ENA, je n’ai vu mes parlementaires, Jean-Jacques Hyest et Ambroise Guellec, que trois fois. Pour signer mes contrats. Pour travailler une matinée à trier du courrier. Et enfin, vidé et amer, en perte totale de repères, pour demander à être licencié.

Fraîchement diplômé en journalisme européen, c’est un peu par hasard que j’ai rejoint l’équipe de Force démocrate, jeune parti d’un petit nouveau plein d’ambition : François Bayrou.

Démocratie Moderne, magazine du parti dont Bayrou était directeur de la publication, cherchait un rédacteur. Jeune, malléable, pas regardant sur le salaire et recommandé par un ancien cadre, j’ai fait l’affaire.

“Force démocrate, c’est le parti qui monte, avec six ministres au gouvernement”, me confie d’un ton feutré Rémy le Gall, rédacteur-en-chef de Démocratie Moderne, peu avant mon embauche. “Au début, il faut faire profil bas, surtout ne menacer personne. Et après, tout naturellement, tu t’imposes, comme une évidence.”

A peine arrivé, je suis appelé au bureau de Huguette Ducloux, directrice des services. “Le parti n’a pas beaucoup d’argent, donc les parlementaires détachent des assistants pour nous aider”, me dit-elle. “L’utilisation des fonds est à leur discrétion, mais si l’on vous demande ce que vous faites au parti, vous ne dites pas que vous y travaillez. Vous dites que vous êtes un militant”, conclut-elle avec un demi-sourire entendu. Deux affirmations contradictoires dans une même phrase. Double langage politique, auquel j’allais vite m’habituer.

Au pouvoir

Au cours des mois, je découvre les nombreux avantages de l’appartenance au “troisième plateau” de Force démocrate, qui allait dévorer l’UDF. A un poste modeste mais stratégique, je fais partie du clan. Le clan protège les siens. Et le pouvoir corrompt.

Besoin d’envoyer quelque chose du bureau ? Colis et lettres sont livrés par des motards de la gendarmerie nationale, qui font les coursiers pour le parti sans broncher. “Je t’envoie un motard !”

Problème avec la banque ? Il suffit de tourner son siège. “Dis moi, tu as un contact pour ma banque à Paris ?” Au services des élections, quelqu’un lève le nez et s’empare d’un énorme Rolodex, qu’il appelle “la bomba”. “Bouge pas… Voilà. Tu notes ?” Le directeur de la banque au détail d’une grande banque à trois lettres est dérangé en pleine réunion sur sa ligne directe. Mon agence passera des lettres de menaces à l’obtention d’un prêt. En me déclarant fonctionnaire. Et en saisissant de fausses données financières dans son système informatique, “pour que ça passe”. Prêt que, gagnant 9200 francs par mois (1405 €) je ne rembourserai jamais. La banque à trois lettres ne fit jamais valoir sa créance.

Vol d’une console vidéo dans mon bagage à Orly ? Un fax autoritaire à Aéroports de Paris, avec en-tête de l’Assemblée. Je suis immédiatement remboursé, sans demande de justificatifs. Je réalise que j’aurais pu inventer un ordinateur portable, engranger des milliers d’euros.

Contrôle routier ? Le motard regarde ma carte du Sénat avec autorité. “Et vous êtes assistant de quel sénateur ? Depuis combien de temps ?” En costume de banquier, je hausse immédiatement le ton. “Non mais dites donc, vous allez arrêter de m’emmerder, ou vous allez avoir de gros problèmes !” En à peine un an, j’ai adopté du politique le langage, dont la classique menace de “problèmes”. Immédiatement, son binôme plus âgé le pousse de côté. “Excusez-le monsieur. C’est un jeune, il est pas habitué. Excusez-le”. “Bon, ça va.” Je repars en trombe, énervé d’avoir été pris de haut par ce qui n’est plus pour moi qu’un coursier.

Une matinée à l’Assemblée

Député mais aussi vice-président du Conseil régional de Bretagne, Ambroise Guellec fit un jour part de son déplaisir de me voir passer mon temps au parti. Je me retrouve dans son petit bureau de la rue de l’Université. En bon assistant, je commence par trier le courrier. Demande après demande d’aide, de subventions, de locaux. Certains y incluent, naïfs, leur carte du parti. Une lettre et un projet sortent du lot. Je passe à Guellec : “ça m’a l’air bien, ça.” Après un bref coup d’œil, il la repose sur mon liège. “Non, on ne peut pas les aider”. Je demande pourquoi. Il me regarde, visiblement exaspéré. “Mais parce que c’est une association de gauche !”

Le soir même, je reviens “au siège” et demande à Rémy le Gall de me sortir de cette situation. “Tu y vas, et tu lui dis que t’as pas le temps”, me répond-il tranquillement. “Mais comment ça, je peux pas lui dire ça !” Le Gall me jette un de ses sourires narquois. “Tu lui dis que tu as vu ça avec Bayrou.”

C’est ainsi que, le lendemain, j’annonce à un parlementaire que mon activité illégale étant trop prenante, je ne vais plus bosser pour lui. “Et bien si c’est ça, j’arrête de payer !” me lance-t-il. “Non, je réponds tranquillement. J’ai vu ça avec François. Vous allez continuer à payer. Et je ne travaillerai plus pour vous.” Il baisse la tête, vaincu. Le pouvoir n’est pas toujours où l’on croit.

Fin de partie

Tout commence avec la fille de l’accueil. Appelons-la Emilie. Dans l’entrée du siège, spartiate espace sur cour composé d’un bureau, d’un canapé et de l’escalier principal, elle arrondit ses fins de mois en faisant la permanence du soir. Elle est très belle, rayonnante. Nous flirtons. Un soir, elle m’appelle. Et me dit s’être fait agresser sexuellement par Le Gall.

Les policiers refusent de prendre sa plainte. Elle me raconte aller de commissariat en commissariat avant de comprendre la futilité de sa démarche. Le lendemain, elle décide d’en informer Ducloux. Qui, me dit-elle, l’écoute patiemment, puis lui dit “à qui cherchez-vous à nuire ?” Emilie n’en trouve plus ses mots. Elle quitte le siège en pleurs.

La rumeur, grâce à moi, enfle. En comité de rédaction, Rémy le Gall prend les devants. “J’imagine que vous avez entendu les accusations portées contre moi. Tout cela est bien évidemment faux. Je pense ne pas avoir besoin de ça pour séduire”. Pour garder mon job, je me tais. C’est à mon tour de baisser la tête. “Rémy. Tu ries comme lui”, me dit Emilie, soudain distante. La lune de miel est terminée.

Un conseiller municipal me propose un HLM. 80 m² dans le 12e, pour 190 €. “Là j’ai un pompier, et puis après je t’en file un, si tu veux.” Je refuse. “C’est gentil, mais je suis sûr que d’autres gens en ont plus besoin que moi.” Il est stupéfait. On me propose la fédération des Jeunes du 8e. Je refuse. Maintenant le clan se méfie. Les regards changent.

Et puis vient ce déjeuner. Lors d’une grande tablée à La Poule au Pot, cantine officieuse de l’UDF, quelqu’un me reproche d’être un jeune apparatchik, mené uniquement par l’ambition. “C’est vrai, j’aime les responsabilités. Mais au fond, si je fais ce métier c’est pour, un jour, aider la France.” La salle hurle de rire. Rémy le Gall, rouge pivoine et larme à l’œil, se tourne vers moi. “Tu es un idéaliste, c’est bien !” Et j’ai compris qu’il fallait partir. Que ces gens me menaçaient. Au plus profond de mon être.

Que sont-ils devenus ?

En 1999, Huguette Ducloux devient conseillère de Nicole Fontaine, présidente du Parlement européen. Elle est aujourd’hui retraitée.

Rémy le Gall devient directeur de la communication de la mairie de Versailles. Scénariste de bande-dessinée, il publie quatre fictions sur la politique. En 2012, il est décoré Chevalier des Arts et Lettres. En 2016, il est condamné à six mois de prison pour harcèlement sexuel sur quatre de ses subordonnées. Durant son procès, il est décrit comme faisant “régner la terreur, la manipulation et le mensonge”.

En 2004, Jean-Jacques Hyest est élu président de la Commission des Lois du Sénat. En 2015, il est nommé au Conseil constitutionnel. Hyest siège également à la Haute Cour de justice de la République. Il est décoré Chevalier dans l’ordre des Palmes académiques.

Ambroise Guellec reste vice-président de la région Bretagne jusqu’en 2004. Il y est toujours conseiller régional.

De ralliement en retournement, François Bayrou est sûrement toujours convaincu d’être, un jour, président de la République. La moralité et l’exemplarité sont ses derniers chevaux de bataille.

Épilogue

Aujourd’hui, je me revois dans cette période un peu comme un étranger. Un nihiliste qui, à la moindre difficulté, cherchait à écraser. Un homme que le titre gonflé, “je suis attaché parlementaire”, suffisait à faire passer devant tout le monde aux urgences, sans avoir rien demandé. Comme tous les politiques, le pouvoir m’aidait à panser des plaies profondes, allant jusqu’à l’enfance.

Je vois aisément pourquoi, après des décennies d’impunité, François Fillon ne comprend pas qu’on l’emmerde “pour des costards” ou son indemnité parlementaire. Sa réalité n’est pas la nôtre.

Devant les affaires, je regarde les pantomimes d’outrage et les appels au complot avec une ironie toute professionnelle. L’enrichissement, les cadeaux, les voyages, les grands travaux avant les municipales, les élections internes truquées… Je n’ai plus jamais voté. Les sortants sont balayés. Les nouveaux jurent que tout va changer. Et on recycle. Ad nauseam. Malgré tout j’ai mal. Pour mon pays, car j’y habite. Et parce que j’ai cru en lui.

Dans son livre “Les mains propres”, publié en 2014, Corinne Lepage écrit :

“Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le MoDem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes, et d’autre part illégal. Le MoDem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire à cette exigence.”

Bayrou, évidemment, nie. En politique, il faut toujours nier. Même la main dans le sac. “Si ça se sait, il niera”, ai-je tellement entendu sur d’autres sujets. Il me semblerait un peu naïf de ne pas y voir un système. Un système peut-être accentué chez les petits partis, qui n’ont pas beaucoup de subventions. Mais dont on retrouve la trace du PS au FN. Un système dans un monde politique qui se juge lui-même. Se finance lui-même. Et se renouvelle entre lui. C’est cette impunité, cette indignité cachée entre phrases choc et plateaux télé, qui a fait le lit de l’extrémisme qui sans une révolution morale finira, un jour, à l’Elysée.

Aujourd’hui je regrette d’avoir délaissé une carrière de journaliste pour, même de quelques décimales, participer à la lente putréfaction des institutions françaises. Et je regrette d’avoir joui de cette impunité, qui transforme tant de politiques en fossoyeurs du bien public.

“Tu te rends compte que tu vas être diabolisé ? Tu ne pourras plus travailler nulle part”, me dit un ancien du Figaro. Fonctionnement mafieux. Où seule la loyauté est récompensée. Et la trahison punie. Parfois jusqu’à la mort. “Qu’ils viennent. De toutes façons, je ne peux pas tomber de ma fenêtre, j’habite au rez-de-chaussée !”

Nicolas Grégoire

Ziyed Ben Belgacem, auteur de l’attaque à l’aéroport d’Orly

Notre opinion sur  Ziyed Ben Belgacem, l’auteur de l’attaque du 18 mars à l’aéroport d’Orly

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Ziyed Ben Belgacem, 40 ans, auteur de l’attaque à l’aéroport d’Orly

Ziyed Ben Belgacem est très certainement un délinquant entré dans une ultime spirale de violence. La revendication islamiste proférée avant sa mort ressemble à une recherche d’absolution divine pour ses fautes. Son état d’esprit au moment de l’attaque ne peut être compris que sous le prisme d’une radicalisation islamiste, fût-elle de circonstances.

Ce diagnostic n’est pas rassurant car il suppose que d’autres délinquants puissent emprunter la même voie de radicalisation.

La relation avec les radicaux islamistes en prison

François Molins, le procureur de la République de Paris, a dit au cours d’une conférence de presse Ziyed Ben Belgacem « repéré comme radicalisé à l’occasion d’un passage en détention au cours des années 2011-2012 ».

Délinquant connu pour des vols avec effraction, il était donc tombé sous l’influence des radicaux islamistes qui gouvernent les populations carcérales au corps défendant des autorités pénitentiaires.

L’acte déclencheur de la panique

Retrouvant la liberté, Ziyed Ben Belgacem était néanmoins retourné à son ancien mode de vie. Aussi, une perquisition administrative à son domicile en novembre 2015 n’avait-elle pas permis de détecter de signes inquiétants.

Il semble qu’un contrôle routier à Garges-lès-Gonesse ait déclenché le processus mortel. Sans doute pour s’échapper et éviter d’être identifié en raison du contrôle judiciaire dont il était l’objet, Ziyed Ben Belgacem a tiré sur les policiers avec son arme : un pistolet à grenailles. Il savait son acte grave, mais il en a surestimé l’importance croyant sans doute avoir tué un représentant des forces de l’ordre.

Nous étayons notre raisonnement sur l’appel envoyé à son père après ce premier incident. Celui-ci rapporte  Ziyed Ben Belgacem lui ayant dit : « Je te demande pardon, j’ai fait une connerie avec un gendarme (…) Au revoir papa, je te demande pardon ». Le père affirme à propos de son fils : « Jamais il ne fait la prière : il boit ». On en conviendra, c’est un étrange islamiste. Si nous n’avions pas rencontré d’autres cas identiques, nous douterions de la parole du malheureux père.

Entre parenthèses, il faut remarquer la bonne réaction de ce dernier : il est ferme à l’égard de son fils et ne le soutient pas. Au contraire, il court au commissariat pour informer l’autorité qu’un drame se déroule.

Mais ces quelques mots, repris dans l’échange très court entre le père et le fils, apparaissent très importants pour plusieurs raisons. Ils  révèlent Ziyed Ben Belgacem affectivement dans la norme, d’une part, et conscient des repères entre « le bien et le mal », d’autre part. Même s’il parle sur un mode agité sous l’emprise du stress. Il accomplira donc son action à Orly, peut-on présumer, en toute conscience.

Mais, alors, comment a-t-il basculé vers un achèvement aussi dramatique ?

Les fausses valeurs islamistes pour repère

Le sentiment d’avoir commis l’irréparable et de risquer une lourde peine de prison ont certainement joué un rôle. Cependant, on sait aussi qu’il s’est rendu dans un bar de Vitry-sur-Seine où il avait ses habitudes. A l’opposé donc de Garges-lès-Gonesse par rapport à Paris. Nous ne savons pas en outre s’il a échangé une ou des conversations téléphoniques avec ses anciens amis islamistes.

En revanche, avec assurance, nous pouvons dire qu’entre Garges-lès-Gonesse et Orly, de sa propre initiative ou à l’invitation d’une ou de plusieurs autres personnes, Ziyed Ben Belgacem a retrouvé les repères de la logique islamiste radicale.

Reconstruisons le processus. L’homme est paniqué. Il craint la prison, pire la mort sans doute au cours d’une poursuite. Il est alors psychologiquement fragile. De lui-même où sous l’impulsion « d’amis », il s’interroge sur son devenir après le trépas. Ses valeurs religieuses remontent à la surface. Il voit sa vie un long parcours de fautes, une accumulation de « péchés », comme il dit dans son discours religieux. Il a besoin de pardon divin.

La quête du pardon divin

Il entre alors dans la logique islamiste radicale : le pardon il le lui faut par le sang, celui des victimes et le sien propre. Purifié, il annulera ainsi toute une vie de débauches.

Pourquoi le choix d’Orly ? Il sait les soldats patrouillant en permanence dans l’aéroport. Il agit dans l’urgence. Sans préparation. Repérant une femme soldat, il la pense moins forte, moins déterminée aussi. Il se jette sur elle, braque son pistolet sur sa tempe et prend le Famas qu’elle porte. En même temps, il hurle : « Posez vos armes, mains sur la tête, je suis là pour mourir par Allah. De toute façon, il va y avoir des morts ».

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Ziyed Ben Belgacem, fin de cavale

 

Il a signé son action. De fait, il va mourir. Mais grâce au sang froid de nos militaires, personne ne l’accompagnera dans son tragique voyage.

Ce qu’il faut conclure

Plus dangereux que les groupes radicalisés, pour leur part plus facilement détectables, il existe aussi des gens qui peuvent « se déclencher » à la suite d’un incident. Un peu comme si un logiciel pirate endormi en eux, le logiciel islamiste radical, se mettait en action. La prison peut apparaître comme le lieu idéal de pose d’un tel logiciel, mais aussi une mosquée où n’importe quel lieu fréquenté par des islamistes radicaux.

En revanche, la réaction du père de Ziyed Ben Belgacem nous réconforte. Elle prouve qu’il n’y a pas continuité entre l’islam du plus grand nombre de musulmans et l’islamisme radical. Pour des raisons de sécurité, bien sûr, mais aussi d’humanité. On ne le répétera jamais assez, les musulmans ordinaires sont nos meilleurs signaux d’alarme face aux dangers de l’islamisme radical.