Réflexion sur le rapport el KARAOUI – Comment lutter contre la montée de l’islamisme en France?

Pour combattre l’islamisme en France …

Le 10 septembre, Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale, annonçait son intention de renforcer l’enseignement de l’arabe à l’école.

Beaucoup réagissaient avec vigueur, craignant une arabisation de la France. Évoquant l’étude de l’arabe dans les mosquées, le ministre mettait en avant un argument : l’ignorance de la langue arabe serait une raison de la progression de l’islamisme faute d’une bonne compréhension des textes fondateurs de l’islam. Nous répliquerons: les Saoudiens parlent et étudient l’arabe et leurs religieux sont pourtant les porteurs de l’intégrisme islamique. En revanche, oui, il serait bon pour notre économie de disposer de jeunes commerciaux bilingues, en arabe et en français, pour prospecter les pays du Golfe. Mais le problème de fond n’est pas là.

La veille de la déclaration du ministre, Hakim El Karaoui avait présenté sur RTL son projet de lutte contre l’islamisme. Parmi les moyens proposés, il faisait la promotion du renforcement de l’enseignement de l’arabe à l’école.

Il convient néanmoins de s’interroger, avec honnêteté et sans a priori idéologiques, sur la valeur du rapport.

Dans sa globalité, le document apparaît d’abord comme une analyse, sur plus de 600 pages, des différents islamismes, c’est à dire des formes intégristes de l’islam. Dans l’ensemble, et à quelques détails près, nous avons là un travail cohérent et exact. L’auteur a en particulier le courage de mettre en avant le rôle de promoteur  du salafisme joué par l’Arabie Saoudite.

C’est néanmoins la conclusion la plus importante. Elle livre, selon l’auteur, ce qu’il convient de faire pour empêcher l’islamisme de se développer en France.  Nous reprenons, pour chaque recommandation, un passage du rapport (en rouge et soulignée ci-dessous).

1/ « Créer une institution chargée d’organiser et de financer le culte musulman ». Elle porterait le nom d’ « Association musulmane pour l’islam de France » ou AMIF.

Elle aurait pour mission de financer la rémunération des imams, les mosquées et, tenons nous bien, dixit le rapport, « la lutte contre l’islamophobie et l’antisémitisme ». Pour la dernière partie de la raison d’être de l’AMIF, « la lutte contre l’antisémitisme« , c’est un peu comme si on demandait au Vatican de défendre la laïcité à la française. Ce n’est pas son job !

Quant  au financement, outre une taxe sur les produits dits « hallal » (halal), pourquoi pas, les pays étrangers soutenant financièrement des structures musulmanes sur notre sol seraient priées de les verser à l’AMIF. Ces pays, parions-nous, auraient vite fait de refermer leurs bourses, puisqu’ils perdraient leur moyen d’influence sur les musulmans.

De plus, l’État français, qui serait le créateur, sinon le parrain de l’AMIF, se retrouverait peu ou prou gérant d’un culte religieux. En admettant qu’il parvînt à garder ses distances, les principes de la laïcité n’en seraient pas moins remis en question.

2/ « Il est essentiel de disposer d’un discours religieux musulman en français, alternatif à celui aujourd’hui dominant sur les réseaux sociaux, le discours salafiste ».

Nous échappons au pire puisque le rapport préconise de confier ce travail aux musulmans eux-mêmes et non pas aux structures de l’État.  Néanmoins,  certes des musulmans maîtrisant le dogme islamique et rejetant l’islamisme existent, en France et ailleurs. Mais comment à titre officiel choisir ces musulmans là plutôt que les salafistes ? Cela reviendrait, pour l’État, à préférer officiellement un dogme plutôt qu’un autre. Un peu comme s’il tranchait entre la croyance protestante et celle des catholiques. Seul le roi de France pouvait se le permettre. Et encore, on a vu à quel prix !

En  outre,  cette  idéologie reconnue par l’État serait rejetée par tout un pan de la  population    musulmane.   Ne    serait-ce que par principe. Nous ajouterions alors du conflit au conflit et, involontairement, renforcerions le discours salafiste.

3/ « Réinventer la promotion du discours républicain ». 

Sur  ce  plan, le rapport fait un bon diagnostic.  Il  évoque  «  le  vide du discours public », la nécessité pour l’auteur, d’affirmer « des valeurs, des principes et des règles dont la normativité n’est pas discutable ».

C’est en effet dans l’espace de ce vide que les islamistes recrutent. Ils offrent une fraternité du quotidien, une cohérence des règles, une fermeté des principes et jusqu’à un esprit de rébellion ersatz de liberté. Tout ce qu’inconsciemment nombre de jeunes réclament. 

En face, la République souffre de ses contradictions, de ses erreurs inavouées qui commencèrent avec la Terreur. Faute d’avoir eu le courage de faire amende honorable elle minimise, voire occulte ses défaillances tout en se drapant dans l’omniscience. Elle pose à la transcendance quand la réalité la révèle faillible.

À la fois minée par ses faiblesses et réduite à sa nature de construction humaine, comment pourrait-elle lutter contre un dogme qui se présente comme divin ? L’islamisme et le « républicanisme » ne se battent pas dans la même catégorie, aussi convient-il de ne pas les faire monter sur le même ring. Si une réflexion sur l’histoire de la République s’avère nécessaire pour l’équilibre de notre société, elle sera néanmoins d’un médiocre secours face à la progression de l’islamisme

Cependant, ce paragraphe a le mérite de mettre en relief que l’islamisme n’est fort que de nos faiblesses.

 4/  Il est essentiel « de mobiliser le ministère de l’Éducation nationale : former les cadres et les enseignants à la laïcité qu’ils ne connaissent pas toujours ».

Ce passage va jusqu’à suggérer « d’apprendre à reconnaître les manifestations de l’extrémisme religieux » aux enseignants. Il faudrait pour cela leur inculquer la connaissance de l’islam, puisqu’il ne s’agit que des musulmans dans ce rapport, oubliant les autres extrémismes qui perturbent notre société.

Que l’on goûte néanmoins le piquant de la situation : il reviendrait à une corporation, pour partie responsable de l’effondrement des normes de notre société, de lui redonner ses repères. On comprend la naïveté d’une telle démarche même si l’auteur du rapport, nous en sommes sûr, est animé des meilleures intentions.

Dans ce paragraphe apparaît aussi la relance de « l’apprentissage de la langue arabe » car les cours prodigués par les mosquées « sont devenus pour les islamistes le meilleur moyen d’attirer des jeunes », lit-on. Nous nous sommes exprimés dans notre préambule sur cet aspect pour estimer cette approche infondée.

 5/  « L’État se doit d’améliorer ses connaissances des tenants idéologiques » de l’islamisme.

Comment dire le contraire ? Cela apparaît comme une lapalissade.  Ce travail de recherche incombe aux services de renseignements et aux chercheurs du domaine universitaire, voire aux journalistes. Beaucoup a été fait. Néanmoins, on ne cerne pas les contours d’une idéologie en faisant soi-même de l’idéologie. Ce travers, très français, nous amène à déformer la réalité donc à mal discerner les périls.

À la fin des années 80, déjà je dénonçais les dangers de l’islamisme. J’ai alors publié une longue enquête sur le sujet dans « Le Figaro Magazine ». On me reprocha de critiquer une religion quand j’en repérais les déviances. On me répliquait : « la religion, c’est la paix ! » Du dogmatisme à l’état pur dont nous subissons les conséquences. Aujourd’hui nous professons le paradigme inverse : « les religions, c’est la guerre ! ». Dans les deux cas, nous paralysons notre réflexion et nous empêchons d’approcher la vérité.

 6/ « Un travail d’explication doit être entrepris vis-à-vis des pays qui financent et tentent de contrôler leur communauté d’origine ».

Sur ce plan d’accord !  Mais il faudrait d’abord imposer à nos gouvernements successifs de cesser de désigner un islam étranger de référence au gré de leurs préférences en matière de politique extérieure. On a vu des périodes marocaines, tunisiennes et même qataries, toutes aussi inefficaces, voire néfastes, les unes que les autres.

7/ « Une coopération religieuse avec le Maghreb et les pays du Golfe est à envisager sérieusement… »

 On voit le danger évoqué dans le paragraphe précédent loin d’être évacué, puisqu’il est à nouveau présenté comme une solution à notre problème. Pire, cette coopération, dit le rapport, devrait déboucher sur « un travail théologique dont l’objectif serait de trouver les bonnes réponses aux concepts salafistes… » Ce qui reviendrait à impliquer l’État, directement ou indirectement, dans des choix théologiques. Le contraire, encore une fois, de la laïcité.

8/ « La montée de l’islamisme est également un sujet européen ».  

 Et là encore, l’auteur du rapport voudrait que nous nous impliquions au niveau des États en « réunissant des leaders religieux, islamologues et théologiens… pour permettre l’émergence d’un débat sur les questions théologiques conflictuelles ». D’un islam à la française, nous passerions  à « un islam à l’européenne ». Si nous y parvenions, car nous risquerions des discussions sans fin entre tenants d’approches divergentes.

 Notre conclusion : Si nous appliquions les recommandations de ce rapport, pour la plupart d’entre elles, nous impliquerions l’État dans une mission qui n’est pas la sienne, la définition d’une règle théologique. De plus, nous ne ferions que compliquer une situation déjà complexe sans apporter de solution. Enfin, d’autres de ces recommandations sont tout simplement irréalistes.

 Il n’existe qu’une solution croyons-nous. Celle à laquelle Napoléon 1er eut recours à l’égard de la communauté juive : exiger la reconnaissance de la primauté de notre droit sur le dogme religieux. C’est aux musulmans vivant sur notre sol d’accepter nos lois et non pas à nous de changer notre législation pour nous adapter à leurs préceptes. Tout en leur laissant la libre pratique de leur culte, cela doit être présenté comme non négociable. Mais, pour ce faire, avons nous encore la vertu politique nécessaire?

POUR COMPRENDRE

la récupération d’un élément du rapport de Hakim El Karaoui par le gouvernement, il faut savoir son auteur travaillant pour l’Institut Montaigne.
Ce dernier est dirigé par Henri de Castries, l’actuel président du Groupe de Bilderberg, la célèbre structure mondialiste. Dès lors, comment s’étonner de la convergence entre les positions de l’Institut Montaigne et celles du gouvernement? Aux élections présidentielles, Castries avait quitté la présidence des assurances Axa pour se dévouer à la campagne de François Fillon. On peut se demander s’il ne s’agissait pas d’un stratagème. Si c’est le cas, aujourd’hui, bas les masques ! On voit se rapprocher les partisans des deux candidats mondialistes, Fillon et Macron.
Ainsi, il y a un an, aux élections législatives, Castries soutenait Thibaut Guilluy, candidat à la 4ème circonscription du Pas-de-Calais présenté par La République en marche et… ayant pour suppléante Tiphaine Auzière, la fille de Brigitte Macron.

 

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