Question à Bernard-Henri Lévy

Dans le Parisien du 29 avril, Bernard-Henri Lévy répond aux questions posées par Frédéric Gerschel. On se souvient de la manière dont Lévy a agi en mars 2011, appelant à une intervention militaire contre Mouammar Kadhafi, le dictateur libyen.

A cette époque, Lévy aurait pu avoir raison, s’il avait considéré l’intervention militaire comme une des composantes de l’action politique à mener. Si, comme cela devrait être le cas pour toute opération conduite au nom du droit, les meneurs de l’attaque avaient eu pour objectif prioritaire d’apporter « un mieux » en Libye. Mais le pire a été engendré. Comme en Irak avec les Américains.

A la vue de l’anarchie régnant en Libye, Lévy a pourtant dit au Parisien, n’éprouver « aucun regret ». « Car, affirme-t-il, Kadhafi c’était déjà le chaos, déjà l’absence d’Etat ».

Non Monsieur Lévy ! Certes Kadhafi imposait une dictature fantasque. Cruelle même. Nous nous souvenons des crimes perpétrés sous ses ordres. Nous n’avons pas oublié le traitement infligé aux infirmières bulgares. Mais un ordre minimum régnait. L’Occident avait même réussi à contenir Kadhafi, d’où la cessation de l’embargo contre la Libye en décembre 2003.

Rappelons-le : On pouvait circuler dans le pays. Les flux migratoires venant d’Afrique noire, relativement maîtrisés, Kadhafi empêchait à des désespérés de s’entasser dans des bateaux poubelles pour tenter de rejoindre nos côtes.

Mieux, les islamistes dont vous dénoncez les excès quand cela vous arrange, Kadhafi et son fils Seif Al-Islam étaient parvenus à en prendre le contrôle. Par la force, certainement, mais aussi par des moyens plus « humains », en les achetant et en les intégrant à la vie civile.

Or, ces islamistes ont constitué le fer de lance du soulèvement contre le pouvoir. Vous ne pouviez pas l’ignorer car vous les côtoyiez en Libye. Y compris des radicaux. Impossible donc de ne pas voir le risque qu’ils signifiaient pour le pays.

Alors vous admettez, « C’est vrai qu’il y a eu défaillance, qu’on a eu tort de croire que l’affaire était réglée sous prétexte que le dictateur était défait… »

Un peu facile ! Si le grand politologue que vous êtes ne pouvait pas prévoir ce qu’un modeste journaliste avait compris, c’est à désespérer.

Or, sans être prophète, à la suite d’un déplacement à Tripoli en mars 2011 , j’avais mis en évidence le danger islamiste. J’avais même approché des politiques français pour essayer de défendre l’idée d’une négociation avec l’entourage de Kadhafi. Afin d’obtenir une transition de pouvoir en douceur et pour empêcher une montée aux affaires des islamistes.

Ce n’est pas une utopie. Nous, Français, avions les hommes et les moyens d’y parvenir en jouant, d’une main de la pression militaire, de l’autre nous servant de nos divers contacts sur le terrain. J’ai vite compris que l’objectif n’était que de se débarrasser de Kadhafi. Sans doute de préférence de l’éliminer physiquement. Fallait-il l’empêcher de parler ?

Ceci dit, j’aimerais vous poser une question : Qui vous a demandé de susciter, sinon d’amplifier, le chaos libyen ?

Lire aussi: Al-Qaïda en Libye

Vous avez aimé? Partagez!